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L’amélioration génétique de l’olivier au Maroc programme prometteur pour le développement de l’oléiculture nationale
Dr B BOULOUHA – INRA Marrakech

Avec un effectif d’environs de 60 millions de pieds couvrant une superficie équivalente à 600.000 ha, l’olivier au Maroc occupe 58 % du verger arboricole national. Le secteur oléicole assure une activité agricole intense permettant de générer plus de 15 millions de journées de travail par an et d'approvisionner 334 unités industrielles de transformation des olives et de 16.000 maasras, unités traditionnelles de trituration. La production oléicole couvre à hauteur de 15 % les besoins du pays en matière des huiles végétales fluides alimentaires. De même, le secteur permet l’exportation de 63.000 T d’olives de table et 6000 T d’huile d’olive qui génèrent des recettes de l’ordre de 1 Milliard de dirhams.

La production moyenne des cinq dernières compagnes est de l'ordre de 600.000 tonnes dont 75 % (soit 450.000 T) sont destinés à la trituration et 150.000 T destinées à la conserverie. Le rendement moyen est faible et fluctue autour de 1 t/ha (0,5 à 1,5 t/ha en bour et 1,6 à 3 t/ha en irrigué).
Cette faible productivité est due aux conditions de culture, la non maîtrise des techniques de production par les oléiculteurs et surtout à la prédominance d’un matériel végétal non sélectionné.En effet, la grande partie du patrimoine variétal (plus de 90 %) est communément regroupées sous la dénomination de « Picholine marocaine ». Ce type d’oliviers cultivé au Maroc est caractérisé par sa double fin, son adaptation aux conditions pédoclimatiques du pays et son adoption par les oléiculteurs. Cependant son hétérogénéité génétique entraîne de très grands écarts dans ses performances productives et la régularité de ses productions.
Pour faire face à cette situation, l’INRA a entrepris des travaux d’amélioration génétique de l’olivier en vue de mettre à la disposition des producteurs des génotypes performants. Ce programme englobe i) l’exploitation de la diversité existante au sein de l’oliveraie nationale ; ii) l’introduction et l’étude de comportement des cultivars étrangers et iii) la création de nouvelles variétés par croisement.
Un programme ambitieux de sélection au sein des populations de "Picholine marocaine" a été entamé depuis 1981 par l’INRA dans la région du Haouz. Deux génotypes "Haouzia" et "Ménara" productifs, peu alternants et précoces, ont été sélectionnés et font l’objet de diffusion auprès des oléiculteurs. Suite à ces résultats encourageants, des prospections sont étendues à d’autres régions du pays afin d’explorer le potentiel qu’elles pourraient renfermer (Tadla, Sud Ouest du Haut Atlas…etc.). En plus de la productivité et de l’entrée en production rapide, d’autres critères de sélection sont pris en considération comme la régularité de production et l’utilisation efficiente de l’eau. Des génotypes prometteurs sont en cours de confirmation avant de les diffuser aux oléiculteurs.
D’autre part, un programme de croisements a été mis en place par l’INRA depuis 1994 à Marrakech. Des croisements entre les variétés nationales sélectionnées ("Ménara", "Haouzia", et "M26») et les variétés étrangères performantes ("Manzanille", "Picholine de Languedoc"et "Arbequine") ont été effectués. Environ 2000 génotypes ont été obtenus. L’entrée précoce en production de certains génotypes à partir de la troisième année de plantation a laissé présager des résultats prometteurs étant donné que les plantes d’oliviers issues de graines n’entrent en production qu’à partir de l’age de 14 ans. Ces travaux ont permis en 2007 une première sélection d’une nouvelle variété très productive ; précoce et de bonne teneur en huile.
Pour contribuer à la sauvegarde de la biodiversité et permettre une meilleure utilisation des ressources phytogénétiques de l'Olivier au Maroc, l' Institut national de la Recherche Agronomique conserve et met en place des collections de variétés d’oliviers depuis 1927.

La collection de la Ménara est la plus ancienne collection de variétés d'olivier au Maroc. Elle est installée en 1927 et comporte 40 cultivars
En irrigué : Cinq cultivars performants se sont distingués: Ascolana (Italie) et Grordale (Espagne) pour les olives destinées à la conservation. Picholine de Languedoc (France) et Manzanille (Espagne) pour les olives à double fin (conserve et huiles). Frontoio (Italie) : variété à huile


Une seconde collection a été mise en place en 1987. L'objectif est d'étudier le comportement des principaux cultivars méditerranéens reconnus performants. Il s'agit de Manzanille, Arbequine (Espagne) Leccino , Carolea (Italie), Branquitta (Portugal),Picholine de Languedoc (France), Sourani ( Syrie) , Ayvalik (Turquie),.

L’étude de comportement des variétés performantes a montré que les deux variétés à huile Arbequine et Leccino ont été retenues pour leurs performances de productivité, teneur en huile et de tolérance au Spilocea oleaginum. Elles sont proposées pour une diffusion à large échelle.
En 2003 l’Institut de la Recherche Agronomique (Marrakech) a eu l’honneur que la communauté oléicole internationale regroupée sous l’égide du Conseil Oléicole International lui confie l’installation et l’hébergement de la collection internationale des variétés d’oliviers. Cette collection mondiale d’oliviers est le fruit du Projet RESGEN développé par le Conseil Oléicole International et le Fonds Commun des Produits de Base avec les différents pays oléicoles depuis 1997. Les cultivars identifiés dans le monde oléicole sont en nombre de 1200. Ils sont en cours d'installation dans deux collections mondiales: l'une à Cordoue (Espagne) et la seconde à Tassaout (Maroc) L'objectif de l'établissement de ces deux collections internationales est la sauvegarde de la biodiversité de l'olivier. De même, le matériel végétal est mis à la disposition de la communauté scientifique en vue d'étudier le comportement des différents cultivars d'olivier dans les conditions du Nord et du Sud de la Méditerranée.
La plantation dans la collection de Marrakech a débuté en 2003 et se fait au fur et à mesure de la réception des plants des différents pays. Le nombre de cultivars plantés à ce jour est de 356.

La conservation de ces ressources génétiques d’oliviers très diversifiées dans leurs performances agronomiques et leurs caractères morphologiques est d’une grande importance soit pour le moyen terme que pour le long terme .En effet cette réserve génétique peut être exploitée dans l’immédiat ou dans le futur par le choix de génotypes adéquats répondants aux exigences agronomiques et économiques du moment.


Publié le : 30-04-2008 à 10:44:40
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